CONTRIBUTION DE MUCUNA A LA LUTTE CONTRE IMPERATA AU SUD DU BENIN
M.N. Versteeg Agronome, IITA Bénin
V. Koudokpon Agronome, DRA, projet RAMR, Bénin
Une grande incidence de l'herbe imperata (Imperata cylindrica) a amené les paysans à abandonner des terres déjà insuffisantes pour aller cultiver sur le plateau Adja fortement peuplé (150-500) habitants/km) de la province du Mono au Sud-Ouest du Bénin. Imperata est largement considéré comme une des mauvaises herbes les plus résistantes et les plus difficiles à maîtriser pour les petits paysans en zone tropicale (Akobundo, 1987). Il a été montré que la très grave inhibition de la croissance des cultures comme le maïs et le sorgho, qui augmente de façon logarithmique avec la densité d'imperata est partiellement due à une action allelopathique des racines d'imperata (Eusen et al., 1978).
Jusque là, la méthode la plus utilisée pour récupérer des champs fortement infestés par imperata est de déterrer les rhizomes pour les sécher et les brûler, travail généralement effectué par une main d'oeuvre rémunérée. Cependant, très peu de paysans sont en mesure de payer ces services ou d'exécuter l'opération eux-mêmes. Il a été montré maintenant qu'une culture de légumineuse de couverture mucuna (Mucuna pruriens var. Utilis), permet effectivement de lutter contre la propagation de cette herbe.
Depuis 1986, une équipe de chercheurs de la Direction Béninoise de la Recherche Agricole de l'Institut Royal des Tropiques (KIT) d'Amsterdam et de la sous-station de l'IITA au Bénin, mène une recherche en milieu paysan (RMP). Dans ce projet de recherche collaborative, la station de l'IITA s'est engagée à contribuer avec de l'expertise et du matériel agronomique tandis que le KIT procure une assistance socio-économique et depuis 1989, contribue aussi dans les techniques d'élevage.
Au cours des premières années, des champs de démonstration furent installés pour montrer aux paysans certaines innovations pour une possible expérimentation en milieu paysan, comme la culture en couloirs, le paillage, de nouvelles cultures, etc..., qui leur étaient encore inconnus. Dans cette région, avec une pluviométrie de type bimodale, mucuna a été planté pendant la première saison pour montrer son potentiel en tant que légumineuse de couverture à croissance rapide pour la restauration de la fertilité du sol. En dehors de sa contribution en matière organique riche en azote, il améliore aussi les propriétés physiques du sol (Hulugalle et al., 1986) et contrôle la population de plusieurs nématodes parasites des plantes (Caveness, 1980).
Cependant, les paysans ont été très impressionnés par une autre caractéristique qui est la manière dont cette plante en spirales, à croissance agressive, étouffait l'imperata présent sur les parcelles. Aussi l'année suivante, quand ils ont constaté que mucuna avait réduit la densité d'imperata jusqu'à moins de 10% de l'état originel, 20 paysans ont demandé des semences pour l'essayer dans leurs propres champs infestés par imperata. L'équipe de la RMP a décidé de leur apporter des semences et de leur expliquer clairement comment installer le mucuna tout en laissant cependant toute l'exécution et la gestion des champs aux paysans eux-mêmes. Une telle absence d'intervention du chercheur montre clairement si la technique est assez simple pour une adoption facile par les paysans.
Description de la Technique pour lutter contre Imperata à l'aide de Mucuna
La technologie expliquée au paysan consistait à nettoyer le champ d'imperata et à y planter immédiatement le mucuna à peu près de la même manière dont on sème traditionnellement le maïs, mais avec seulement une semence de mucuna par poquet. Cela donne un espacement d'environ 0,80 m x 0,80 m entre les plants, d'où 15000 à 16000 plants/ha pour lesquels 15 kg de semences sont nécessaires. Pendant que mucuna germe, imperata va immédiatement reproduire de nouvelles pousses à partir des rhizomes. Ces pousses doivent être coupées une seconde et dernière fois après environ trois semaines, quand mucuna a produit 3 à 4 feuilles. Bien qu'imperata continuera à faire des pousses, les jeunes plants de mucuna vont maintenant les utiliser comme support pour s'enrouler autour et vont rapidement développer une dense voûte de feuillage qui élimine la lumière et étouffe l'imperata. Par conséquent, les réserves des rhizomes souterrains s'épuisent à travers la respiration de maintenance de la biomasse de l'imperata. Pour obtenir un effet efficace d'étouffement, les paysans doivent planter tôt dans la première saison, de préférence pas plus tard qu'en début Mai. Bien que des semis tardifs puissent toujours obtenir une dense couverture, la période d'étouffement devient trop courte pour un épuisement suffisant des rhizomes dans la mesure où tout le mucuna meurt pendant l'harmattan (Décembre-Janvier).
Au cours de l'année suivante, de préférence, du maïs (ou une autre céréale haute à croissance rapide) doit être planté directement dans le paillis et aussitôt que possible sans brûler la couverture de mucuna. En procédant ainsi, l'élimination de certaines repousses restantes d'imperata et de mucuna germées toutes seules à partir de semences brisées est grandement facilitée. Le désherbage supplémentaire à la main est un aspect important de cette méthode intégrée de lutte contre l'imperata, ce qui cependant ne pose pas de problème dans la mesure où cela coïncide avec la période de préparation normale du champ et des premiers sarclages du maïs. Souvent le volume du travail est même moins que dans les champs conventionnels à cause de l'absence d'autres mauvaises herbes et d'une meilleure compétition de la part du maïs croissant plus vigoureusement grâce à la contribution en fertilité de la matière organique de mucuna/imperata.
Une méthode possible d'installation de mucuna dans des champs qui ont un sérieux problèmes d'imperata, mais qui sont toujours cultivés par les paysans, est de relayer mucuna dans une culture de maïs semée tôt après le premier sarclage du maïs. Après cela, un désherbage supplémentaire doit être donné à l'association maïs/mucuna. Après la récolte du maïs, la couverture de mucuna va habituellement se développer rapidement et la lutte contre imperata peut s'avérer aussi effective qu'avec du mucuna purement semé.
Déroulement de l'expérimentation effectuée par les paysans pour lutter contre imperata à l'aide de mucuna
Des 20 paysans qui ont reçu des semences en 1988, environ 14 ont réussi à produire une couverture dense de mucuna. Les échecs étaient dûs à l'omission de la deuxième coupe d'imperata et à des espacements trop grands. Cependant pendant l'harmattan, un tiers des champs bien étouffés a pris feu à cause d'incendie dans les champs voisins, auquel la couverture en train de sécher de mucuna se montre extrêmement sensible. S'il arrive qu'un tel incident se produise plus tôt, l'imperata est libéré de sa couverture étouffante et il est capable de regermer rapidement et de remplir les rhizomes avec de nouvelles assimilées.
Même ainsi, la lutte contre imperata dans la plupart des autres champs a été impressionnante. Dans certains champs où les paysans ont effectué un bon désherbage complémentaire pendant la première saison de maïs 1989, il n'y avait plus d'imperata dans la culture de rotation pendant la seconde saison. Les paysans ont été enthousiastes aussi à cause de l'excédent de rendement de 500kg/ha (pour la variété locale de mars et de 800kg/ha (pour la variété améliorée SEKOU-TZSRW), ceci grâce à l'augmentation de la fertilité du sol par la matière organique de mucuna/imperata. L'effet de la fertilité a même été meilleur que celui obtenu après une couverture légumineuse de pois cajan (Fig-1). Plus impressionnant encore a été le fait qu'en 1989, nous avons vu 103 paysans qui ont semé mucuna dans leurs champs. environ 30 d'entre eux ont obtenu les semences et le savoir-faire de leurs collègues et ont planté le mucuna sans aucun contact et aucune intervention d'un assistant de recherche ou d'un agent de vulgarisation. Il est probable que le nombre réel soit même plus élevé à cause des champs non encore découverts. Une telle expansion spontanée est la meilleure preuve de l'adoption par les paysans d'une technologie introduite.
Pour l'année prochaine (1990), l'agence provinciale de vulgarisation (CARDER-Mono) va essayer d'étendre la diffusion de la technologie a beaucoup d'autres régions du Mono, pendant que dans d'autres provinces et même dans d'autres pays aussi, des expérimentations sur cette méthodologies seront entreprises. Avec des succès semblables, on espère que dans des écologies comparables en Afrique, mucuna trouvera sa place dans beaucoup de systèmes d'exploitation agricole et qu'imperata perdra rapidement son impact nuisible.
Références
Akobundu I.O. 1987. Weed science in the tropics: principles and practices.
John Wiley & Sons, Chichester, UK. 522 pp.
Caveness, E. 1988. Observations on soil nematode population development under
a Mucuna utilis fallow. Internal report 10 - 1987/1988, Root, Tuber and Plantain Improvement Program, IITA, Ibadan, Nigeria. 6 pp.
Eussen, J.H.H, S. Slamet, & D. Soeroto 1976. Competition between alang-alang
(Imperata cylindrica (L.) Beauv.) and some crop plants. Biotrop Bull. 10. 24 pp.
Hulugalle, N.R., R. Lal & C.H.H. ter Kuile 1986. Amelioration of soil physical properties by mucuna after mechanized land clearing of a tropical rain forest. Soil Science 141: 219-224.
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